Un monde sans valeur

Publié le par mike

Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article... [ Un monde sans valeurs ? ] - [ @ 08:43:30 ]
Etonnant ce jeune de 25 ans Jacques de Guillebon, invité ce samedi à la toujours très bonne émission de T. Ardisson. Il m’a fortement interpellé, comme sans doute tous ceux de ma génération « mai 68 ». Il y va direct : Comment être père ou mère quand on veut rester jeune jusqu'à la mort ? Comment transmettre le savoir, les valeurs, l'héritage culturel et spirituel quand on a été nourri au lait de la contre-culture et de la transgression des interdits ? L'auteur s'interroge sur l'héritage qu'a reçu sa génération de la part de parents porteurs d'idées généreuses peut-être, mais qui ont eu bien du mal à assumer les exigences de l'âge adulte. Le bilan est dur pour ceux qui ont " craché dans la gueule à papa " et qui arrivent aujourd'hui à l'âge de la retraite.
Attachant ce cri du cœur et ces paroles d’une nouvelle génération qui nous invite à une remise en question salutaire sur le sens des responsabilités et des libertés que nous avions défendues.
Il y avait comme un parfum que je retrouve chez bien de jeunes en quête de trouver des repères dans ce monde chaotique qui est le nôtre.
Son attaque contre la pornographie qui induirait l’amour comme simple partage de bout de viande, ou encore l’absence de sentiment religieux qui conduirait à des régimes fascistes ou totalitaires procède, me semble t-il, de simplifications abusives.
A ce jeune écrivain de talent, extrêmement sympathique, se plaignant de ce que plus personne ne sait écrire sans faute, je répondrais qu’il est parfois nécessaire de percevoir de manière non « simpliste », voire « caricaturale », la complexité de nos vies que nous tentons d’assumer dans ses contradictions.
C’est que j’entends souvent me dire : «  oui, bien compliqué la vie » ! Et quand je réponds : «  non, mais vrai que complexe », mes interlocuteurs n’y voient pas beaucoup de différence.
Le terme latin complexus signifie tissé ensemble. Le terme de complexité renvoie à entrelacement inaperçu sous-jacent à l’apparition d’un phénomène. C’est un peu comme le tapis qui présente sur sa texture visible une image colorée aisément identifiable, mais qui est le résultat de l’entrelacement d’un grand nombre de fibres et d’un tissage subtil qui lui n’est pas évident au regard. L’image du tapis est simple, l’entrelacement lui est complexe. En informatique pour parler plus actuel il y a un autre exemple du même type. L’interface entre l’utilisateur et la machine est très simple. Cependant, derrière chaque petite icône sur l’écran, il y a un dispositif énorme de programmes d’une grande complexité. L’effort de programmeur est de cacher au maximum la tuyauterie et de ne laisser paraître que la simplicité des commandes, simplicité qui dissimule la grande complexité des programmes.
Ainsi en va-t-il de nos vies, de nos tentatives d’entrer en communication, d’appréhender l’autre, de mieux nous comprendre, d’agir simplement mais dans cette reconnaissance des différences qui fonde la richesse de notre monde.
Mais qu’importe, je reconnais à ce jeune auteur la force des idées et des mots qui osent, comme nous l’avions fait en 1968, remettre en cause notre société de consommation et d’illusion.
Les jeunes retrouvent des valeurs. Je les souhaite nouvelles et non conservatrices.
J’espère ne m’être pas battu pour en revenir à des carcans, des moules auxquels nous devions adhérer au détriment d’un mal-être profond, d’une frustration constante de nos envies et désirs si complexes…
Hélas, Monsieur de Guillebon, je n’ai, pas plus que vous, de recettes pour appréhender la complexité du réel sans le réduire , voire même le trahir!
Mik.
 14.03.05
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