Très beau téléfilm hier sur Ant2. Mélo romanesque", "Un amour à taire" suit le parcours de Sara, jeune femme juive, et de Jean, homosexuel, durant la Seconde Guerre mondiale. Pour les besoins de cette grande fresque, le Paris de 1942 mais également les camps de concentration ont été reconstitués en Bulgarie. Commence alors un tournage très éprouvant émotionnellement où se succèdent scènes de séparations, de souffrance, de convalescence... "Le plus dur a été de filmer les trains en partance pour Drancy, se souvient Christian Faure. Même si les gens n’étaient que des figurants, qu’il s’agissait d’une époque que je n’ai pas connue, j’ai vraiment été bouleversé par ces séquences. J’ai rarement autant pris conscience de cette machine d’extermination qu’a pu être le nazisme." Afin d’être le plus proche possible de la réalité historique, les scénaristes ont fait appel à Jean Le Bitoux (ancien président du Mémorial de la Déportation Homosexuelle) en tant que conseiller. "Je suis évidemment enthousiasmé par le fait qu’on ait enfin un film sur cette histoire qui est trop souvent passée sous silence, déclare-t-il. Cela fait vingt ans qu’on se bat pour cette reconnaissance, que lors des cérémonies de commémoration, on dépose des gerbes sous les lazzis des patriotes résistants pour qui le fait d’évoquer ce sujet est "un scandale pour la mémoire" et relève de la mythomanie." C’est précisément cet aspect qui est évoqué aujourd’hui, avec le tournage de l’épilogue où l’on retrouve Sara, l’héroïne, soixante ans plus tard. Devant la caméra de Christian Faure, Sara ainsi que des militants gay doivent attendre la fin de la commémoration officielle avant de pouvoir se recueillir devant le mémorial sous les quolibets haineux d’homophobes. Si, depuis quelques années, les rapports entre associations d’anciens combattants et militants gay ont quelque peu été tempérés, la reconnaissance de la déportation homosexuelle reste néanmoins un sujet sensible. La réalité a d’ailleurs influencé la fiction lorsque la production s’est vue interdire l’accès à la crypte. "Au départ, Sara devait déposer des violettes sur le tombeau du soldat inconnu, explique Christian Faure. Je trouvais intéressant de rendre ainsi hommage à tous ceux qui ont été déportés. Mais le ministère de la Défense nous a interdit l’accès à la crypte, pour ne pas créer de polémique autour du Triangle rose. Je trouve cette interdiction vraiment inadmissible… Il ne s’agissait que d’une scène où une femme se recueille en déposant un bouquet. Du coup, la fin a changé, elle est plus violente, plus braquée mais elle a été dictée par les réticences qui subsistent encore de nos jours." J’ai été très ému par ce film qui traite un sujet rarement abordé. Les gens ont tendance à oublier le calvaire des homosexuels durant l’occupation nazi. Pire : peut-être certains veulent-ils occulter celui-ci ? On peut reprocher à ce téléfilm une trop grande mélo dramatisation, mais la réalité des tortures, des humiliations, de la « rééducation » est bien réelle. Comment a-t-il fallu attendre 1981, en France, pour enfin que la criminalisation de l’homosexualité soit abolie ? Et que dire des pays (nombreux) où elle est encore criminalisée ! Quoique les esprits et la loi changent, avouons qu’il n’est toujours pas facile de vivre au grand jour sa différence sexuelle… Espérons que ce téléfilm aidera l’ouverture d’esprit, la tolérance, la reconnaissance de pouvoir vivre librement sa sexualité, peu en importe sa forme. Mik. 07.03.05 | [ polémique autour de "un amour à taire" ] - [ @ 17:54:00 ] | Manipulations autour de la déportation homosexuelle « Un amour à taire", un téléfilm diffusé sur France 2 entretient la confusion en transposant dans la France de Vichy la déportation homosexuelle orchestrée en Allemagne par les nazis en se fondant sur des thèses fantaisistes qui sont contredites par les travaux des historiens. Paris, 1942. Sarah, une jeune réfugiée juive dont la famille a été décimée par les Allemands, est amoureuse de Jean. Mais Jean, lui, aime Philippe... Malgré leurs différences, tous trois seront unis dans la souffrance des persécutions : étoile jaune et triangle rose. C'est la présentation de la trame -le peech, comme on dit chez Ardisson- du téléfilm Un amour à taire, réalisé par Christian Faure (1) et programmé sur France 2 en février. Pour traiter auprès du grand public français du théme méconnu de la déportation homosexuelle, Un amour à taire n'a pas lésiné sur les moyens. Porté par une distribution clinquante (Charlotte de Turckheim, Michel Jonasz, Bruno Todeschini, l'acteur fétiche de Patrice Chéreau), le téléfilm a été tourné à Paris et en Bulgarie où un camp de concentration a été reconstitué. Un téléfilm poignant, opportunément programmé pendant les commémorations organisées pour la libération des camps d'extermination. Une histoire bouleversante. Mais une histoire qui n'est pas conforme à l'Histoire. Si nul ne conteste que le régime nazi a persécuté et déporté les homosexuels en Allemagne, en application des dispositions discriminatoires du fameux paragraphe 175 (2), il n'en fut pas de même en France. En effet, même si le régime de Vichy a rétabli des mesures faisant de l'homosexualité une infraction pénale (3) qui avaient disparu du droit français depuis l'adoption du Code Napoléon, le gouvernement de Pétain n'a pas mis en oeuvre la déportation des homosexuels. Les seuls français qui ont été déportés pour leur homosexualité -on estime leur nombre à environ 200- étaient originaires d'Alsace et de Lorraine, deux régions soumises au joug nazi après avoir été annexées par le IIIème Reich en 1940. Considérés comme allemands, les homosexuels alsaciens ou mosellans se virent appliquer la législation allemande réprimant l'homosexualité. Les historiens sont catégoriques sur ce point : Vichy n'a pas déporté les homosexuels. Ainsi, dans leur ouvrage Négation, dénégation : la question des triangles roses (4), Michel Celse et Pierre Zaoui affirment : "la politique anti-homosexuelle nazie ne visa jamais à traquer tous les homosexuels d'Europe. Elle concerna par principe les homosexuels allemands ou considérés comme allemands dans les territoires annexés ou rattachés au Reich – tels entre autres les autrichiens, les alsaciens et certains lorrains. L'homosexualité, pour les mêmes raisons qui justifiait aux yeux des nazis qu'elle fut combattue dans les populations allemandes, n'avait pas à l'être au sein de populations non-allemandes, dont elle ne pouvait que contribuer à précipiter le déclin. Les homosexuels non-allemands ne furent expressément visés par la répression nazie qu'en cas de relations impliquant un ou des partenaires allemands". De même, les chercheurs en histoire de l'institut Adiamos ont abouti à des conclusions similaires dans leurs travaux sur la déportation : "Qu'en est-il de la déportation des homosexuels dans le reste de la France ? Il faut être clair, les travaux historiques ne révèlent rien. S'agit-il d'un oubli, d'une censure des historiens ? Non, car cela correspond au cadre juridique répressif de l'époque. Cela ne veut pas dire que des homosexuels n'ont pas pu être déportés, mais non pour leur homosexualité...". Il faut donc que les producteurs d'Un amour à taire aient eu accès à des éléments inédits pour soutenir la thèse d'une déportation homosexuelle orchestrée par la France de Vichy. Pour affirmer que les homosexuels ont subi le même traitement que les juifs à Paris, en 1942, il faut que le projet de ce téléfilm soit assis sur des sources historiques sérieuses et incontestables. On peut cependant en douter. En effet, le "conseiller historique" recruté par la production sur ce téléfilm était Jean Le Bitoux, un personnage pour le moins controversé. Fondateur à la fin des années 1970 du magazine homosexuel Gai Pied, et président du Mémorial de la Déportation Homosexuelle, Jean Le Bitoux a été récemment écarté pour incompétence du projet d'archives homosexuelles de la Ville de Paris. Auparavant, il avait notamment fait paraître le livre de souvenirs de Pierre Seel, un homosexuel alsacien rescapé des camps. Bien que Pierre Seel n'ait pas porté le fameux triangle rose (il était marqué du triangle bleu des catholiques au camp de Schirmeck) et qu'il ait par la suite été enrôlé par la Wehrmacht pour combattre sur le front de l'Est, Le Bitoux a donné à son livre d'entretiens le titre ambigu de Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel (6). Il est donc surprenant que Jean Le Bitoux ait validé sur le plan historique un téléfilm sur l'histoire de déportés au triangle rose dont l'action se situe à Paris alors qu'il admet lui-même que la déportation homosexuelle en France est un mythe. Dans une interview au magazine gay E-Male, Jean Le Bitoux qualifie les rafles d'homosexuels de "rumeurs qui ne sont pas fondées" et admet que la vie sociale et nocturne homosexuelle "ne posait pas de réel problème à l'occupant allemand" (7). Faisant fi de ces faits incontournables, le téléfilm de France 2 s'achève sur une scène filmée de nos jours à Paris, au Mémorial de la Déportation situé sur l'Ile de la Cité. On y voit la chorale homosexuelle Melo'Men (8) chanter pour rendre hommage aux "oubliés de la mémoire" (9) que seraient les triangles roses français. Une façon appuyée pour les auteurs d'Un amour à taire d'accréditer auprès du grand public l'idée d'une persécution des homosexuels équivalente à celle que mena le régime de Vichy à l'encontre des juifs. Cette idée n'est d'ailleurs pas nouvelle. Elle avait été lancée dès la fin des années 1980 avec la création du Mémorial de la Déportation Homosexuelle. Alors inconnu, le premier président du Mémorial de la Déportation Homosexuelle est devenu célèbre par la suite puisqu'il s'agit de Thierry Meyssan, l'auteur du livre Une effroyable imposture qui prétendait qu'aucun avion ne s'était abattu sur le Pentagone le 11 septembre 2001. Une référence, assurément... Porté par des hurluberlus (Jean Le Bitoux et Thierry Meyssan) et décrié par les associations de déportés (10), le Mémorial de la Déportation Homosexuelle a pourtant obtenu une reconnaissance politique de la part de Lionel Jospin et de Bertrand Delanoë. Le maire de Paris est donc mal placé pour dénoncer "les falsificateurs de l'histoire" comme il l'a fait à l'occasion des cérémonies organisées pour le soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration. Un amour à taire est le fruit d'un projet militant (11), comme l'explique Pascal Fontanille, co-scénariste et producteur du téléfilm : "Il y a une certaine volonté militante, partagée par tous les gens qui sont intervenus sur le film, du réalisateur aux acteurs en passant par le diffuseur". (12) Une volonté militante qui n'a pas empêché ce projet d'obtenir un financement du CNC et le soutien de France 2 qui a donné son accord pour la diffusion de ce téléfilm avant même l'écriture du scénario ! Quant au DVD, il est déjà disponible à la vente... La manipulation des faits historiques dans le but de donner corps à la thèse fantaisiste d'une déportation homosexuelle en France doit sans doute être replacée dans la perspective de la concurrence des victimes qui agite aujourd'hui les mouvements communautaristes. Parce que la persécution est le préalable nécessaire à la réparation, il convient de revendiquer sa part de souffrance dans le crime des crimes que fut le génocide organisé par les nazis (13). Une bousculade malsaine où l'on voit des militants gays jouer des coudes pour se faire une place après-coup sur le quai de la gare de Drancy. Détourné par des militants communautaires qui comptent sur l'ignorance de leurs relais médiatiques pour toucher le grand public, le devoir de mémoire peut servir de prétexte à toutes les dérives s'il ne repose pas sur une connaissance solide des faits historiques. Avec la diffusion d'Un amour à taire, le service public audiovisuel ne contribue pas à cet impératif de connaissance. ************************************ Article manipulateur ou non ? Il existerait pourtant bien un dossier de police d'un homme embarqué par la gestapo après avoir été pris en train de draguer dans le bois de Boulogne. Un homo parisien aurait aussi témoigné aussi avoir été envoyé au camp pour avoir eu une liaison avec un Allemand... Voilà ce que me dit un bon ami, soucieux de la vérité. A vous de vous forger la vôtre... Celui qui accuse de manipulation est souvent lui-même grand manipulateur! Quoiqu'il en soit, comme dit plus bas, la criminalisation de l'homosexualité a bel et bien existé, elle... Et le triangle rose aussi... Mik. | |