Mourir
| [ Mourir. ] - [ @ 00:05:32 ] | ||||
Sujet déprimant, angoissant, oui peut-être. Mais ne faut-il pas aussi parler de ce qui est le fait le plus universel de notre condition humaine. De cela, nous en sommes certains. Tous nous y arriverons. Elle nous attend tous. Lien indéniable entre la mort et le sens de la vie ? Oui, sans aucun doute. Le chemin de la vie est tellement court. Et après ce chemin ? Moi, je pense évidemment qu’il mène à un certain néant.
Pour nous défendre de cette angoisse, faut-il la nier ? Qui peut dire ne jamais y penser ?Moi j'pense en tout cas, même souvent.
Il suffit de voir cette angoisse quand nous en parlons. Nous bannissons même son mot. On dit : « Quand il (elle) nous a quitté » ou « Il( elle) est parti(e) »...
La vie ne serait-elle que jeunesse, beauté, richesse ? Oui dans les magazines !
Nous avons aussi tellement confiance en la médecine. Comme si elle pouvait prolonger éternellement la vie. Nous ne demandons plus que le médecin accompagne la personne jusqu’au bout, mais bien de guérir l’impossible. Dès qu’il ne peut plus guérir, on considérait presque cela comme un délit. La mort est alors vue comme un échec de la technique médicale. Le toubib serait-il devenu celui qui sait guérir de la mort ?
Les conséquences de cela, de ce déni ne suppriment en rien notre angoisse. Elles n’enlèvent rien de notre souffrance, souvent même elle l’augmente.
Souvent nous jouons la comédie. Tous nous avons regretté parfois de ne pas avoir pu dire au mourant ce qui nous tenait à cœur. Tout cela pour éviter la vérité de la mort. Alors que celui que nous aimions savait que nous jouions cette comédie. Jeu de dupes. Pourquoi nier l’évidence ?
J’ai vécu la mort de mon père dans cette sérénité, en sachant qu’il savait. Et son « merci » en le ramenant chez lui pour qu’il y meure sans acharnement thérapeutique, je le retiendra toujours. Son « je n’ai pas besoin d’intermédiaire » quand ma mère voulait que je lui pose la question de savoir si il désirait voir un curé avant de mourir, cela aussi je le retiendrai comme un grand moment d’apaisement. Que cela facile le deuil.
Nier la mort n’est pas la meilleure attitude qui soit.
L’agonie, « cet espace de temps entre le moment qu’on apprend qu’on est condamné et la mort » peut aussi être un grand moment de vie. Oh, personne n’accepte de mourir dans la joie, mais nous pouvons peut-être, au lieu d’une révolte, favoriser une forme de sérénité.
Mon ami philosophe P.P. Druet, en parlait bien, lui qui a disparu trop tôt.
Selon lui, dans son livre « pour vivre sa mort », mourir est un acte que la vie qui doit avoir les mêmes caractéristiques que les autres actes de la vie : liberté et dignité.
On ne doit pas nous voler notre mort, notamment en ne nous disant pas la vérité.
Messieurs le médecins, ne nous volez pas notre mort! Aidez-nous à la vivre dans la dignité, celle de la relation, du confort, de la suppression de la souffrance physique.
Car quand nous ne pouvons plus guérir, il est possible d’être bien accompagné dans ce qui reste à faire quand il n’y a plus rien faire. Non plus considérer la personne comme une maladie, mais bien comme quelqu’un dont peut améliorer la vie qui lui reste dans le soulagement des souffrances de son corps, de son cœur. C’est d’ailleurs cela que nous nommons aujourd’hui les soins palliatifs.
La mort peut devenir pleine de sens aussi, de restauration peut-être d’une communication que nous n’avons pas toujours réussie.
Constatons aussi d’avoir vu, c’est mon cas, chez certains mourants une espèce de force du moment que nous aurons peut-être aussi dans notre agonie. Comme une compréhension mystérieuse, une espèce d’illumination.
Cette lumière, nous ne savons ce qu’elle est, nous qui ne pouvons que les suivre, qui ne voyons la mort que de dos...
Je ne suis pas croyant et ne sais ce qu’est cette espèce de rayon lumineux, raconté par ceux qui miraculeusement sont sortis de l’agonie, je ne peux connaître ce qu’il est.
Mais qu’importe. Comme me disait sagement ma maman : « eh bien si il y a quelque chose après tant mieux et si il n’y a rien et bien je ne m’en rendrais pas compte ».
L’âme, l’amour que nous avons reçu, prolongent la vie de ceux qui nous sont chers.
Et disons-nous toujours : qu’aurait murmuré à mon oreille, celle ou celui qui meure ?
Certainement ceci : ne sois pas triste. Continue ta vie en étant le plus heureux possible.
A ceux qui viennent de voir mourir quelqu’un de cher, je leur dirai la même chose : pleurez car les larmes aident à alléger la souffrance et la révolte du moment, mais que vos larmes se sèchent aussi dans le mouchoir de vie tendu par celle ou celui que vous perdez et qui veut que vous vous mouchiez heureux !
Mik.
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| 13-05-2005 |
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La mort violente du père de mon petit neveu, celle de la maman de Jean-Pierre, la grave maladie du père de François m’amène à écrire un peu aujourd’hui sur un sujet devenu très tabou ( du moins dans notre société) : la mort.





