Miroir
| [ Miroir ] - [ @ 00:42:18 ] | ||||
J’entends souvent des amis me dire: « ne t’inquiète pas, je me connais ». En lézardant hier ( il faisait tellement moche pour sortir) sur le journal personnel de plusieurs blogs, j’avais comme une impression que chacun (et je ne fais pas exception) se forge un peu son histoire de façon assez réductrice. Au fond, notre histoire est souvent bien moins élaborée que celle que nous racontons, que celle que croyons nôtre. Que d’astuces parfois, d’efforts, de luttes, nous utilisons pour nous en sortir, pour exister, pour compenser nos blessures ou nos déceptions, nos nostalgies idéalisantes. Ce que nous pensons de nous-mêmes n’est-il pas quelque part un mythe individuel ? Ainsi ce jeune, assez déprimé, qui me disait hier que tout cela irait mieux, que sa tristesse chronique s’envolerait le jour où il aurait une fille à aimer et qu’il l’aimerait. Je crains sa déception future. Certains entretiennent inconsciemment leurs difficultés, comme d’autres leurs réussites. Un autre se croit victime d’une effroyable succession d’épreuves, de situations impossibles, de souffrances. A bien y regarder cela arrange son image de quelqu’un de bien qui sait traverser toutes les épreuves. Je pense aussi à cet ami qui se sent un peu responsable des bêtises de sa mère, comme elle se sent certainement aussi responsable des actes de son fils. Il existe entre eux une grande culpabilité mutuelle. Comme si chacun d’eux ne pouvait exister sans ce que fait l’un ou l’autre. A bien y regarder, moi je décode bien plus dans leur relation « fusionnelle » comme une fonction de contrôle mutuel qu’ils ne sont pas prêts de lâcher. Bien se connaître ? Personne ne se connaît vraiment bien. Voilà 10 ans que je suis en thérapie. J’ai fait ce choix très motivé pour tenter de mieux me connaître. J’ai progressé, sans plus. Etonnant pour moi d’entendre alors « ne t’inquiète pas, je me connais ». J'ai d'ailleurs appris à ne plus trop m’inquiéter pour l’autre. Cela lui sert peu et mon inquiétude renforcerait souvent son anxiété. Je préfère la simple écoute aux conseils. Je tente seulement parfois de le placer devant son miroir en l’éclairant de ma petite bougie. Au jeune très angélique avec lequel je parlais hier, je lui aurais bien dit qu’être si exigeant sur ses aspirations amoureuses, c’est se construire probablement un idéal inatteignable ; que son heureuse élue aura toute les peines du monde à répondre à ses projections, avec toute la souffrance mutuelle que cela entraînera. Mon histoire telle que je me la raconte n’est pas tout moi. C’est comme souvent les changements que nous réclamons pour nous-mêmes ou pour les autres : ils sont plus rarement aussi bienvenus que nous ne le pensons. Je ne suis nullement psy. Je vous livre simplement quelques fruits d’une réflexion personnelle. J’espère me connaître un peu plus, parce que je me suis fait aidé. Plus exactement parce que je me suis aidé en plaçant devant moi un miroir autre que celui que je posais auparavant. Il me coûte quand même un 54 euros la séance ! Bonne semaine à vous tous. ou![]() | ||||
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| 17-04-2005 |
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