 Le traitement lourd pour garder en vie du père d’un de mes amis, la fille du mari de la mienne qui vient d’être opérée d’une vertèbre cassée qui aurait pu la rendre paralysée, me font réfléchir aux miracles de la médecine moderne. Petit bémol pourtant. Concernant le père de mon ami, je comprends très bien le souhait de voir garder en vie celui que nous aimons mais à quel prix ? Je parle en premier lieu de la souffrance du patient dont il m’étonnerait que les nombreux traitements lourds n’entraînent pas de souffrances. Autre prix aussi, plus terre à terre, celui du coût financier. Je me demande si dans la médecine d’aujourd’hui le plus cher n’est pas tant la guérison mais la prolongation de la maladie. Des mourants peuvent végéter longtemps emprisonnés dans tout un système sophistiqué d’appareillages et de perfusions. La polémique née aux Etats-Unis autour de cette femme en vie « végétative » depuis de nombreuses années et dont le mari a décidé de mettre fin au système qui la relie encore à la vie, illustre bien cet espèce de mal engendré par la médecine moderne et ceux qui la pratiquent. Autre question que je me pose à partir du cas de la maladie et du traitement de l’homme remarquable qu’est le père de mon ami: tous les gens peuvent-ils bénéficier de traitements aussi coûteux ? L’hôpital, comme bien d’autres institutions (y compris l’école), repose de plus en plus sur le principe qu’on ne prête qu’aux riches. Ainsi, pour l’éducation, les gros consommateurs d’enseignement auront des bourses de recherche, tandis que les laissés-pour-compte auront l’unique droit d’apprendre leur échec. Pour la médecine : le riche se fera soigner toujours plus et mieux que celui qui n’a que sa mutuelle et ne bénéficie pas d’assurances complémentaires. Je ne suis pas certain qu’une personne moins « nantie » que le père de mon ami aurait pu bénéficier des services d’une gériatrie qui deviendra de plus coûteuse. Dès lors, ne risque t’on pas d’avoir une société où majoritairement les vieux ne seront que des riches ? Attention, il ne faudrait pas, et je crains qu’elle ce soit cela déjà en grande partie, que la santé devienne une « marchandise » dans une économie qui vise toujours la croissance. Que les médecins guérissent, là est bien leur rôle, mais ne leur demandons pas de prendre notre vie en main… Mik.           |