 Que les sentiments humains sont souvent complexes, contradictoires ! Ainsi sommes-nous tous faits. Enfin, je le crois. Exemple : j’ai reçu en septembre deux québécois. J’avais connu l’un via un site gay canadien, un certain Marco. De fil en aiguille, nous avons pris l’habitude de dialoguer chaque jour sur net. Une grande complicité finit par s’établir entre nous. Je l’invitai à venir passer un court séjour chez moi. Il accepta l’invitation, brisa sa tirelire et prit l’avion. Craignant tomber peut-être sur un hurluberlu, l’ami prétexta le voyage en Europe d’une de ses bonnes connaissances et me demanda si je pouvais l’héberger une partie de son séjour. Les amis de mes amis étant mes amis, je n’y vis aucune objection. Ayant appris sa méfiance naturelle à me rencontrer seul, ce que je comprends, mieux aurait-il sans doute valu qu'il eût dès le départ plus de franchise. Jamais je n’aurais été vexé de la prudence d’une rencontre sur une amitié très « virtuelle ». L’ami en question, au reste très sympathique, jovial, intelligent, resta d’ailleurs tout le séjour. Il ne fut plus question de son voyage à Paris! Nous visitions ensemble la ville lumière, comme celle de Amsterdam. Je m’amusai autant qu’eux à leur faire découvrir mon pays. Bref un séjour magique pour le monde, y compris pour un de mes potes, venu nous rejoindre les deux week-ends de leur présence chez moi. Et voilà que nous nous jurions amitié éternelle. Mes sentiments amicaux se révélèrent bien plus amoureux que prévus. Fou ce que nous pouvons refouler, escamoter, rejeter dans l’inconscient ce qui peut nous paraître inaccessible ! Il fallu attendre son retour Outre Atlantique, pour que nous nous avouions ce que nous pensions être de l’amour. Déclaration commune, mais la sienne dans un moment fort « alcoolisé ». Je crus en sa sincérité. Lui aussi. Puis, le doute m’envahit. Des petits signes bien concrets m’indiquaient combien ma fougue, ma passion se vivaient très différemment de lui. Je me retrouvai dans l’état amoureux. Celui qui vous aveugle, vous rend possessif, jaloux. Je me sentis comme drogué, tout exalté face à un ami, lui, beaucoup plus calme, peu enclin aux déclarations émotives. La joie s’estompa, fit place à l’anxiété. Non, ses sentiments, même si chaleureux ne ressemblaient, à mes yeux, en rien à l’amour. Moi, le « sage », le « philosophe » si accroché à son indépendance chutait au plus profond de la dépression. Je vis tout s’écrouler, à un doigt d’être hospitalisé en psychiatrie. Je décidai unilatéralement de rompre la relation, pensant ainsi supprimer mon mal à la racine. La danse des malentendus commençait. C’est qu’il est têtu l’ami, comme une bourrique. Rien comme vue nuancée. Pas question de se poser interrogations. Droit comme I. Certain d’avoir raison et moi tort. Voilà que je découvre alors une bien autre personne que celle dont je suis tombé amoureux. J’ai idéalisé. La passion invente souvent une image de celui-ci que nous croyons aimé. Que dire alors du net qui « virtualise » l’illusion bien plus que la réalité. Comment avais- je pu tomber amoureux de cet homme, au demeurant très sympathique mais tellement différent de moi, au point de ne trouver que peu de points où se rencontrer vraiment ? Un homme bien plus « fermé », bien moins « souple » ou tolérant que j’avais cru percevoir. Entre l’image du net, la rencontre dans un temps très privilégié de vacances et la réalité de deux personnes dans leur quotidien, contraintes, un fossé se creusa. L’incompréhension se transforma en pugilas, petites polémiques stériles et sans grands intérêts, sinon la révélation pour moi que mon ami digérait mal ma sincérité lorsqu’elle osait lui dire « non » ou mettre en question sa bonne foi. J’avais à faire à quelqu’un de très susceptible, fort insécurisé et même « méchant » devant toute « critique » qui ne fut positive. Deux têtes très différentes. La sienne s’affrontant dans ses certitudes, la mienne dans ses incertitudes, ses rebondissements. Je n’aime pas beaucoup mettre en lumière mes petites histoires. Si je l’ai fait ici, c’est simplement parce que je suis convaincu que d’autres que lui et moi se retrouveront dans des relations qui ont été certainement semblables à la nôtre. Je ne tirerai aucune morale de cette rencontre tendre, tumultueuse, coléreuse, rancunière parfois. Je ne porterai aucun jugement sur les « espions » me révélant les écrits de Marco. Leur intention est noble : celle de me faire comprendre que ce gars ne valait pas la peine que je souffre en repensant à ce passé amical et amoureux. Là encore je suis différent de lui. Pas question de céder à la tentation du simplisme qui voudrait que certains soient semeurs de roses et d’autres de merde. Non, nous sommes tous des humains incohérents, partagés entre sentiments contradictoires, à la fois égoïstes et altruistes. La rencontre avec Marco m’aura, entre autres, aidé à trouver fil conducteur à un roman plus ou moins autobiographique que je veux accoucher depuis belle lurette. Elle m’aura prouvé qu’à mon âge, nul n’est à l’abri d’un coup de foudre, d’une passion amoureuse Elle m’aura aidé à retrouver, après passage douloureux, la quiétude de la solitude qui peut seule nous ouvrir réellement aux autres sans besoin possessif, sans recherche de combler nos vides. Celle qui nous fait en toute vérité considérer l’autre, non comme objet de nos désirs, mais comme sujet à part entière. Une rencontre qui m’aura permis de tisser une autre amitié que celle prévue : celle de Daniel. Une rencontre « utile », avec ses moments heureux et ceux qui tuent pour mieux vous ressusciter. C’est le temps de Pâques ! Mik. +++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ La nuit n'est jamais complète Il y a toujours puisque je le dis Puisque je l'affirme Au bout du chemin, une fenêtre ouverte Une fenêtre éclairée Il y a toujours un rêve qui veille Désir à combler, faim à satisfaire Un coeur généreux Une main tendue, une main ouverte Des yeux attentifs Une vie, la vie à se partager Paul ELUARD 31.03.05 |