Et oui, j’avoue être impie ! Mais qu’est-ce que l’angélus peut encore changer dans notre monde ? Incroyable ce battage médiatique autour du charisme d’un pape prisonnier de sa pensée conservatrice et enfermé dans une machine institutionnelle où le souffle de l’esprit, qu’il soit saint ou non, semble bien absent. La colombe doit y perdre ses plumes dans tous ces vieux cardinaux arpentant les ministères très terre à terre de la diplomatie violette peu mystique ! Je suis toujours surpris de voir comment des hommes et femmes très intelligents, de grand intellectuels peuvent encore de nos jours adhérer à une foi relativement simpliste. Oh, ils n’ont certes pas celle du charbonnier, trouvent dans les textes saints une actualisation possible grâce aux thèmes universels (un peu tarte à la crème) qu’ils tentent d’interpréter à la lumière des avancées scientifiques de multiples disciplines. Mais croient-il vraiment à leur discours ? Pensent-ils que pour la masse leur pensée théologique puisse encore trouver l’écho qui veut que l’homme soit autre chose qu’un corps complexe où la pensée, l’affectivité, l’agir n’a rien de surnaturel. L’esprit, le souffle, la voix, l’âme, tous ces mots ont la même étymologie se rapportant au souffle, plus simplement encore à la respiration. Et oui, le souffle, l’âme de notre pape semble le lâcher doucement. Mort, on dira que son âme a rejoint le Père. Moi, au sens littéral, je dirais : son souffle a simplement quitter son corps. Il ne respire plus. Et la bible ne me contredira pas, elle qui longtemps n’a jamais cru à le résurrection des morts. Seule consolation peut-être : persistera probablement dans la mémoire de quelques uns (mais pour combien de temps) ce que nous aurons pu leur apporter, selon ce qu’ils jugeront en bien ou mal. Fini chez moi cette conception de sublimation vers un infini, une référence extérieure qui ne peut exister en elle-même. Je reste persuadé que si tous les hommes mouraient en même temps, Dieu mourait aussi. Dieu n’est qu’invention humaine, réponse à l’angoisse existentielle. La seule chose qui me plait chez le Christ est qu’il n’a jamais répondu à la question de l’homme. Il était bien plus intelligent : il a mis l’homme en question. Dans la grande tradition juive, il a souvent répondu à une question en posant une autre ! Ah, ce Jésus. Je l’ai toujours trouvé sympa. N’aurait-il pas bien rigolé si il avait su qu’on le ferait naître par l’opération du Saint Esprit. Mais peut-être en temps que bon juif, savait-il que la tradition voulait que tout grand prophète trouve pour affirmer son originalité et son caractère exceptionnel, origine de naissance mystérieuse. En tout cas, si jamais il avait l’occasion de voir comment sa petite histoire a pu faire la grande au cours de tant de siècles, il se dirait peut-être : eh bien dire que mes petits discours et paraboles ont été et sont encore publiés et enseignés, ça j’aurais jamais cru… Mik. 20.03.05 |